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dimanche 11 février 2018

De quoi je me mêle?

La femme de ménage de l'école est du genre très bavarde et très curieuse. J'évite au maximum de rester coincée avec elle car une fois qu'elle tient sa proie, elle ne la lâche plus. Depuis qu'elle a réussi à obtenir le prénom de Pâquerette, elle ne me manque pas de me demander comment elle va à chaque fois qu'on se croise. Et j'ai beau lui répondre de la manière la plus laconique possible, elle ne comprend pas que je n'ai pas la moindre envie de discuter avec elle...
Elle m’empêche de me concentrer, souvent je suis obligée d'aller me cacher en salle des maîtres, à faire des photocopies, le temps qu'elle ait terminé de nettoyer ma salle de classe. Vraiment, elle me fatigue, d'autant plus que quand je reste travailler tard à l'école, c'est pour être efficace et vite rentrer chez moi, pas pour raconter ma vie à une inconnue. Et alors vendredi soir, clairement, ça a été le pompon...

- Ça lui fait quel âge à Pâquerette? 
- 3 ans.
- Ah, bientôt l'école?
- Oui, bientôt. 
- Ce qui faudrait maintenant, c'est un petit frère! 
Ça y est, la phrase est lâchée. Et sa violence me transperce. Je ne m'y attendais pas, pas déjà, au bout de deux phrases échangées sur le sujet... Je suis prise au dépourvu, et la colère m'envahit. 
IL FAUT lui faire un petit frère. Maintenant. Vous savez, 3 ans, le fameux écart idéal qu'on est tenus de respecter. Et puis, évidement, si on a déjà la fille,  IL FAUT le garçon. C'est marqué où? Je ne sais pas, mais IL FAUT.

- On ne fait pas toujours ce qu'on veut. (Je ne relève même pas la tête de mon classeur, mais elle ne comprend pas que la discussion doit s'arrêter là, et continue son laïus.)

- Ah ça oui. Bah moi, j'ai deux enfants. Je les ai pas eu facilement. Mais je les ai eu naturellement! 
Alors là, les insultes les plus monstrueuses me sont passées par la tête. C'est une fierté, donc, de procréer naturellement? Elle veut quoi, une médaille pour ses enfants conçus en batifolant sous la couette? C'est une tare de faire ses enfants avec l'aide de la science?
Sous le coup de la colère, j'ai eu envie de lui demander si ma fille conçue artificiellement valait moins que les autres... mais je me suis abstenue. Elle aurait été trop contente de connaitre des détails croustillants de ma vie.

Je me suis tue, et elle a continué de parler toute seule, pendant que je ne répondais pas, faisant mine d'être très absorbée à mon bureau... elle a dû comprendre le malaise et a fini par conclure:

- L'essentiel, c'est qu'elle soit en bonne santé! 
Le coup de grâce quand on sait que ma fille a cumulé les soucis depuis sa naissance et qu'on vient de lui diagnostiquer une maladie chronique. Bien sûr, tout ça, elle ne le sait pas, mais elle n'a qu'à se la fermer!!! De quel droit se mêle-t-elle de la vie des autres?

Les gens sont toujours aussi cons, et moi toujours aussi peu blindée finalement... sur la route du retour, je n'ai pas pu retenir mes larmes...

mercredi 7 janvier 2015

Juste un peu patient

Petite histoire qui s'est passée il y a quelques mois, mais que je n'ai toujours pas digérée...

Je suis tranquillement en train de flâner au milieu des rayons du supermarché, quand je l'aperçois au loin. Une amie de ma mère. Et comme j'ai développé un réflexe étrange depuis que je suis enceinte et que ça se voit, je me retourne et fait mine de m’intéresser au rayon des chaussettes. Pas envie qu'elle me voit, me félicite, toutes ces simagrées alors qu'avant elle n'aurait pas fait de cas de moi. Pas envie d'être au centre de l'attention, de devoir partager des petits bouts de mon bonheur. Je profite égoïstement de ma grossesse avec mon chéri, mes proches qui connaissent mon parcours, et je n'ai envie de la partager avec personne. Et surtout pas avec des gens qui ne savent pas ce qu'on a traversé. Aigrie un jour, aigrie toujours...

Manque de pot, elle m'a repéré et fonce vers moi. Obligée de faire bonne figure, de faire la conversation. Et là, je comprends rapidement qu'en fait elle était au courant de nos problèmes, ma mère a dû lui en parler. Je pense "Au moins, elle ne fera pas de gaffe..." Naïve que je suis...
- C'est super, vous devez être très heureux!
- Oui, on l'a attendu longtemps... 3 ans 1/2...
- Oh, il suffisait juste d'être patient.

"Juste" d'être patient?

"Juste" d'être patient????!!!!!!!

J'ai eu envie de lui balancer à la tête toutes ces années d'injections, d'examens, d'espoirs et d'échecs. Toutes ces heures passées en salle d'attente devant des gros ventres, le dossier PMA épais comme le bras, la vie entre parenthèse, la peur viscérale de ne jamais devenir maman, de briser mon couple...

Mais, comme souvent, aucun mot n'est sorti de ma bouche. J'en suis restée comme deux ronds de flancs, et c'est bien après que les réponses cinglantes me sont venues en tête. Bien trop tard. J'ai jamais eu de répondant...

vendredi 18 avril 2014

Ah, ah, ah

Ce matin, comme tous les vendredis, j'accueille un par un mes élèves de petite et moyenne section, accompagnés de leurs parents.
Aujourd'hui, le papa de Léo porte un bébé de quelques mois dans les bras.
Léo, trop fier :  T'as vu maicresse, c'est mon tit frère!
Moi : Oh, il est mignon. (c'était vrai en plus)
Et le père de plaisanter : On comptait vous le laisser celui-là aussi!
(Ah, ah, ah. La bonne blague.)
Moi : Pas de problèmes, mais je ne le rend pas!
(Non, en vrai j'ai répondu que ça n'allait pas être possible. Dommage...)

Sinon, pour terminer sur une note plus positive : mes règles ont débarqué, et j'ai gagné le droit de commencer le Puregon! Donc mes vacances ont commencé par une piqure dans le bide. Yeah!


dimanche 30 mars 2014

Pharmacie

C'est le coeur léger que je me suis arrêtée à la pharmacie, vendredi soir après l'école. J'avais hâte de commander tous mes produits, hâte d'avoir du concrêt plein mes placards et mon frigo. C'est donc le sourire aux lèvres que j'ai pris ma place dans la file d'attente à rallonge. Alors que j'essayais d'empêcher mes yeux de regarder les tétines et biberons du rayon d'à côté, j'ai entendu une voix familière qui s'adressait à la pharmacienne. En m'avançant un peu, j'ai reconnu une ancienne collègue de travail. A l'époque où j'avais ma classe de monstres, elle m'avait beaucoup soutenue. On s'entendait bien, et je lui avais parlé de nos essais. Je n'en étais qu'au tout début, et je m'impatientais déjà, au bout de seulement 6 mois. Quelle cruche!

A côté d'elle, une petite fille. Et là, je réalise. Sa fille. La dernière fois que je l'ai vue, elle n'était qu'un petit bébé. La claque. 

Ma collègue a terminé, et se dirige vers la sortie. Elle me voit. Bonjour, comment ça va, embrassades de rigueur. Comme je ne sais pas quoi dire, je m'extasie sur sa fille, qui a bien grandi. 
"Elle va avoir 4 ans. Ca pousse vite les enfants. Et toi alors?"
Elle n'a pas oublié. A ses yeux et son sourire, je devine qu'elle croit que je vais lui annoncer une bonne nouvelle.
A la place je lui montre mon ordonnance et je bredouille "Bah moi, toujours au même point..."
Son sourire s'évanouit. "Oh je suis désolée..." puis désignant l'ordonnance : "C'est des ptits trucs pour aider?"
Des "ptits trucs pour aider"??
"C'est ma troisième FIV."
Elle ouvre de grands yeux. "Oh, déjà? Je ne pensais pas. Elle semble réellement attristée par ma situation. C'est pas facile... mais faut pas perdre espoir hein." 
Je change rapidement de sujet pour prendre des nouvelles des autres collègues de l'école. "Tu peux passer nous voir quand tu veux, hein, on sera heureuses de te voir." Elles sont toutes jeunes mamans ou enceintes. Autant dire que je n'irai pas les voir. 

Puis elle repart, en tenant sa petite fille par la main. Moi, j'ai une ordonnance pour seule compagne. Un morceau de papier.

Mon coeur si léger la minute précédente vient de se prendre une enclume. 

mardi 18 mars 2014

Sécu

[Ou comment se faire agresser par sa boîte aux lettres.]

Madame,
Votre prise en charge à 100% prend fin dans trois mois. 
Si votre médecin estime que votre état de santé le justifie toujours, nous vous invitons à lui demander d'établir une demande de prolongation d'exonération du ticket modérateur sur l'imprimé "machin chose" qu'il adressera au médecin conseil, blablabla.
Veuillez agréer, patati patata...

Il y a deux ans, quand j'ai rempli ce bout de papier pour ma demande de 100%, je ne me doutais pas de ce qui allait suivre. 
Je ne me doutais pas que nous allions enchainer les tentatives. Les 4 inséminations ratées. La FIV 1 foirée. La FIV 2 sans embryon. 
Je ne me doutais pas que j’avais des ovocytes de mauvaise qualité. 
Je ne me doutais pas de la quantité de larmes que j'allais verser. Du courage dont nous allions devoir faire preuve aussi.
Je ne me doutais pas non plus qu'il allait falloir que je prolonge ce 100 %. Qu'au bout de 2 ans nous ne serions toujours pas sortis de la galère. 

Et pourtant, il y a bientôt deux ans, j'avais déjà pris une énorme claque. Une claque en 3 lettres : PMA.

Difficile de dater précisément le début de l'entrée en PMA. Doit-on tenir compte du premier rdv? Des premiers examens? De la première tentative? Pour moi, c'est définitivement le 13 juin 2012. Le jour où tout a basculé. Le jour où le gynéco m'a annoncé que mon AMH était bien trop basse pour une fille de 25 ans. Qu'on allait lancer les IAC. Et ainsi entrer de plein fouet dans le monde médicalisé. 

Il ne reste plus que trois mois avant le renouvellement du 100%. Trois petits mois avant d'atteindre les 2 ans de PMA. Mais avant cette date fatidique, il y aura la FIV2 bis. Alors, sait-on jamais, peut-être que ce 100%, on l'aura renouvelé pour rien? En tout cas, je ne peux m'empêcher d'espérer.

mardi 11 mars 2014

Terrain hostile

L'école. Un des derniers endroits où je peux oublier ma condition d'infertile.

A la seconde où je pose un pied dans la salle des maîtres le matin, j'enfile mon costume de "Maitresse", et je cours jusqu'au soir. Hop hop hop, une petite heure pour préparer la classe avant l'arrivée des monstres (photocopies, tableau...). Puis c'est du non-stop jusqu'à la sortie. Avec les collègues, on s'octroie à peine 20 minutes de pause déjeuner avant de retourner dans nos classes, corriger nos cahiers. Vingt-cinq élèves à gérer, une multitude de choses à faire, de conflits à régler, et pas une minute à moi pour penser. 

Mais le soir venu, à la seconde où je remonte dans la voiture pour rentrer, paf, l'infertilité me retombe dessus.

Alors l'école, c'est en quelques sortes mon havre de paix. Et j'ai plutôt de la chance, sur les trois établissements dans lesquelles je travaille cette année, pas une seule femme enceinte! Bien sûr, quelques jeunes mamans dont Madame Gaffeuse, mais ça reste gérable.

Enfin, ça, c'était avant.

Car ce matin, ma super collègue Gégé m'a avoué qu'elle l'était. Enceinte!

Et j'ai rien vu venir! Ce qui est incroyable, vu le bide qu'elle a! OK, elle le cachait, mais zut, j'aurais dû le voir! Je suis tombée de haut, très haut. Et me suis lamentablement crashée au sol. 

Ma collègue Gégé, c'est plus qu'une simple collègue, c'est une amie, et je suis heureuse pour elle bien sûr. Mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir trahie. Parce que je ne l'ai pas vu venir, j'ai l'impression qu'elle m'a planté un couteau dans le dos. Là c'est mon côté infertile et aigrie qui parle, hein.

Parce que mon côté sociable et sympathique sait qu'il n'en est rien, et reconnait la délicatesse de super Gégé. Prévoyant de l'annoncer à toute l'équipe la semaine prochaine, elle a pris soin de me tenir au courant avant. Ce qui est vraiment adorable de sa part.

Mais qu'est-ce que ça fait mal malgré tout. 

Je redoute l'annonce officielle de la semaine prochaine. La joie des collègues, les questions, les blagues, les félicitations d'usage.

Je redoute la fin de l'année scolaire. Constater chaque semaine que le ventre de Super Gégé s'est encore arrondi. La voir s'épanouir. Lui en vouloir. M'en vouloir de lui en vouloir. Car c'est vraiment une collègue en or. Dire que je prévoyais de l'inviter un samedi soir, ce mois-ci, avec son chéri. Je n'en ai plus trop envie.

Je redoute Madame Gaffeuse, qui ne manquera pas de relancer encore et encore super Gégé sur le sujet. Qui posera des tas de questions. Questions dont je n'ai pas la moindre envie de connaître les réponses. Et qui enfin racontera à son tour SES grossesses, SES accouchements, SES vergetures.

Les récréations risque de me sembler interminables. Et je vais devoir sourire. Faire bonne figure. Une torture.

Et dire que c'est ma collègue préférée. Dans mon école préférée. Celle où je me sentais le mieux.

Adieu, havre de paix.

Bienvenue en terrain hostile.

vendredi 28 février 2014

Zéro

Rendez-vous chez le banquier en vue du projet "maison".

"Alors, montrez-moi donc votre avis d'imposition, pour voir si vous avez droit au prêt à taux zéro... ça serait quand même plus valable pour vous!"
Je lui donne les papiers.

"Hum... c'est dommage, vous passez tout juste au-dessus du seuil. Vous n'y aurez pas droit. Pas trop déçue?"
Oh bah vous savez mon petit monsieur, des déceptions, j'en ai essuyé d'autres...

"Rho, c'est vraiment pas de chance, ça passe à un cheveu!"
La chance et moi, vous savez, on n'est pas très potes!

"Et, je vais vous dire quelque chose... 
...vous auriez eu un enfant, c'était bon."

Ravie de l'apprendre. Là c'est même plus de la double peine, c'est de la triple, quadruple peine...

mercredi 12 février 2014

Tu peux pas savoir

J'ai une collègue. Qui est vraiment très sympa, marrante, gentille, toujours de bonne humeur. Elle serait parfaite si elle n'avait pas d'enfants, souvent omniprésents dans les conversations. Et même si je l'aime bien, l'infertile qui est en moi est souvent blessée par ses remarques anodines. Elle est pourtant au courant de mes problèmes, elle sait que je viens de foirer ma FIV2. Mais c'est plus fort qu'elle, faut qu'elle fasse des bourdes.

Hier, alors qu'on surveillait les élèves en récréation, on s'est mises justement à parler de l'organisation des services de récrés. Elle racontait que l'an dernier, dans son autre école, toutes les collègues étaient toujours de surveillance. Que c'était fatigant de pas pouvoir se poser deux minutes.

"Pis, tu sais, quand t'es encein... ah bah non tu peux pas savoir... et bah quand t'es enceinte jusqu'aux yeux, avec le bide ééénorme, t'es bien contente de pouvoir t'asseoir..."

Et alors qu'elle continuait sa litanie, il m'a paru urgent d'aller vérifier ce que les petits CP trafiquaient près du toboggan...

jeudi 2 janvier 2014

Message Type

CousineSo m'a appelé trois fois ces deux dernières années.

Une fois pour me dire qu'elle était enceinte en C1. Je l'ai félicité.
Une fois pour m'annoncer sa fausse couche. J'ai compati.
Une fois pour me dire qu'elle était re-enceinte, 5 mois après sa fausse-couche. J'ai félicité. 

Depuis, c'est silence radio. Elle m'a fait passer le faire-part par l'intermédiaire de ma mère et ne m'a plus téléphoné. Je n'ai jamais vu sa fille, qui doit avoir 8 mois maintenant. Pourtant ma mère, qui a été voir le bébé, m'a assuré que CousineSo pensait à moi, que si elle n'avait pas appelé c'était par peur d'être maladroite. J'ai du mal à y croire. C'est facile, devant sa tante (ma mère) de dire "Je pense à elle, la pauvre ça doit pas être facile." C'est autre chose que de vouloir vraiment aider une personne, la soutenir.

Ça m'est égal car CousineSo n'est pas une personne sur laquelle je comptais de toute façon. Mais quand je reçois ce genre de texto le premier janvier, ça m'agace sérieusement...

Bonne année à vous tous. Plein de bonnes choses pour 2014. 
Nous, on commence en mordant la vie à pleines dents!! Deux dents pour BabyGirl!! :-)

Après ce texto - de toute évidence un message type envoyé à tout le reste de son répertoire - qu'on ne vienne plus me dire que CousineSo pense à moi. Si elle pensait vraiment à moi elle ne viendrait pas me balancer son bonheur à la figure.

Les quelques personnes qui savent vraiment ce que je traverse ont eu la décence de rester neutres, en me souhaitant le meilleur pour l'année à venir. Les quelques personnes qui pensent à moi ont eu la gentillesse de ne pas me parler de leur bébé à eux, mais de m'en souhaiter un, à moi.

Et je les en remercie.

dimanche 8 décembre 2013

Bain de poussettes

Note pour plus tard : Ne plus jamais accepter d'aller se promener dans le centre de la Grande Ville avec chéri, un samedi de décembre. Plus jamais.

Pourtant, j'avais déjà été à la civilisation, faire quelques courses de Noël. Et ça c'était bien passé. Faut dire aussi que ce n'était pas le samedi après-midi. Et que j'avais soigneusement évité les endroits risqués, fonçant tête baissée ma liste à la main, d'une boutique à l'autre. Ma mission en tête, trouver des cadeaux, et les yeux rivés sur mes chaussures, je m'en étais bien sortie. Mais là Chéri a voulu aller se balader main dans la main, regarder les décorations et flâner entre les petits chalets du marché de Noël. 

Mauvaise idée. 

A peine sortis du parking souterrain, nous tombons sur des manèges, des animaux... et les gamins qui vont avec bien sûr. Partout. J'avais beau détourner le regard, chaque endroit où se posaient mes yeux était rempli de bambins, de poussettes et de femmes enceintes. J'étais cernée. Le manège passait ma chanson "PMA", venant me rappeler ma condition d'infertile, au cas où je l'aurais oubliée. Quelle ironie. Immédiatement, les larmes me sont montées aux yeux. Mon chéri, adorable, a tenté de me faire oublier mon coup de blues, de me faire rire, mais je n'avais qu'une envie : fuir!

Arrivés sur la grande place, ce fut le comble de l'horreur. Des enfants partout. Qui jouaient. Qui couraient. Qui tombaient. Qui pleuraient. Qui riaient. Qui se faisaient prendre en photo avec le Père Noël. J'avais l'impression qu'on m'agressait. En tout cas, c'était de l'agression visuelle. Et auditive. J'avais envie de fermer les yeux, de me boucher les oreilles, de me couper du monde. Pour ne plus souffrir. J'ai tant bien que mal fait bonne figure pour mon chéri, mais la virée en ville a été très éprouvante, et c'est soulagée que je suis arrivée à la voiture. Dans laquelle il n'y avait pas d'enfant. Ouf.

Je suis en passe de devenir complètement asociale. 

Chouette.

mardi 3 décembre 2013

Bonne nouvelle

Un mardi matin en salle des maîtres.

"Salle des maîtres", appellation pompeuse pour un petit réduit avec une unique fenêtre, où s'entasse pêle-mêle la photocopieuse, un massicot, de multiples manuels scolaires, des fournitures pour les arts visuels, pots de peinture et compagnie, des paquets de feuilles A4 empilés en belles tours, le micro-onde, le frigo, la cafetière, la bouilloire, du café, des tablettes de chocolat entamées, et une table, centrale, encombrée de papiers.

"Salle des maîtres", lieu stratégique de l'école. Où l'on se retrouve le matin pour boire un café en coup de vent, en faisant la queue à la photocopieuse. Où l'on mange ensemble le midi, à toute vitesse, avant d'aller rejoindre nos classes où des piles de cahier à corriger nous attendent. Où l'on fait nos réunions le soir, souvent autour d'un bon gâteau maison. Où l'on se réjouit d'une leçon qui a marché comme sur des roulettes. Où l'on se lamente de nos élèves qui ne connaissent toujours pas leur table de 5.

La salle des maîtres, c'est l'endroit où l'on peut souffler, quelques minutes. Loin de l'agitation de la classe. De la cour. Le havre de paix. Où aucun élève ne peut entrer. Où personne ne va nous interrompre par un "Maîtreeeeeeeeeeeeesse,  j'la colle où la feuille?" (Sur ton front...) Un lieu tranquille, à l'abri de tout.

Enfin presque!

Un mardi matin en salle des maîtres, donc.

Une collègue s'exclame: 
Au fait, j'ai une bonne nouvelle...

Elle sait ménager le suspens, laisse planer le silence quelques instants...

Machine, de l'école Des Tilleuils, elle est enceinte!

Où comment la réalité te rattrape. On n'est plus en sécurité nulle part! Même en salle des maîtres.

mercredi 31 juillet 2013

Les réunions de famille

Ma mère est la petite dernière d'une fratrie de 6 enfants. J'ai donc 10 cousines et 3 cousins, tous mariés et avec 2 ou 3 enfants chacun, autant vous dire que les réunions de famille chez nous, ce sont des grandes tablées à n'en plus finir. Les mariages, les baptêmes, les anniversaires, tout est prétexte à se retrouver pour festoyer. Avant, j'adorais ça : les oncles et tantes qui chantent, les cousins qui rigolent, les petits qui courent partout. Maintenant, beaucoup moins.

Il faut dire que je vois beaucoup moins ma famille (famille au sens large j'entends) depuis que j'ai rencontré Chouchou. Je me suis d'avantage concentrée sur mon couple. Et puis, entre ses amis, mes amis, ses parents, mes parents, plus la famille proche, ça fait déjà pas mal de monde à voir! Alors ma tripotée de cousines, je ne la vois plus qu'occasionnellement. Sachant qu'elles sont toutes mamans, ça m'arrange bien...

Mais hier, c'était l'anniversaire de ma mère, je ne pouvais pas me défiler! Heureusement, il n'y avait aucun enfant en bas âge à l'horizon. Mais il y avait ma tante, accessoirement grand-mère de 6 petits enfants, qui a passé la soirée à me bassiner avec un tel qui fait du vélo sans roulette, une telle qui rentre déjà en petite section, et la petite dernière qui ne fait pas ses nuit. Joie.

Et puis, alors qu'on parlait date d'anniversaire, elle a fait remarquer que ses trois petites filles étaient nées en été, et que c'était un comble pour des enfants d'instit!
"On a dit à K (ma cousine) qu'elle s'était mal débrouillée quand même! Elle aurait pu viser juste pour cumuler les vacances et le congé mat'!"
Alors que mes yeux se perdaient ostensiblement dans le vague et que mon cœur se serrait, mon chéri m'a pris la main. Maintenant il se rend compte de toutes ces petites remarques qui font mal. Et ça me fait beaucoup de bien. J'aurais tellement aimé avoir le cran de répondre. Quelque chose du genre "On ne choisit pas tout le temps." Mais je me suis défilée. Comme d'habitude.

Et puis, elle m'a dit que CousineSo (son autre fille) avait l'intention de venir me voir (ah, bon?) mais qu'elle ne trouvait pas le temps. C'est vrai que le congé mat', ça passe super vite (bien sûr). Qu'elles en avaient parlé toutes les deux, et que ma tante viendrai aussi (ah?). Qu'elle va m’appeler pour caler une date. Première nouvelle! Elle veut me voir maintenant? Pourquoi? Pour voir la tête que ça a, une fille infertile? Pour me mettre son bébé et son bonheur sous le nez? Pour se plaindre de ses nuits hachées? Non merci...

On n'a jamais forcément été très proches, on se voyait en réunions de famille mais c'est tout.
Elle m'a appelé 3 fois ces deux dernières année. 
Une fois pour me dire qu'elle était enceinte en C1. Je l'ai félicité.
Une fois pour m'annoncer sa fausse couche. J'ai compati.
Une fois pour me dire qu'elle était re-enceinte, 5 mois après sa fausse-couche. J'ai félicité. 
4 IAC et 1 an plus tard, j'attends toujours son prochain coup de fil. J'ai régulièrement de ses nouvelles par ma mère, comme elle a de mes nouvelles par ma tante. Elle est au courant de ce qu'on traverse. Jamais elle ne m'a rappelée suite à son annonce de grossesse. Pas grave. Elle vit sa vie, je vis la mienne. Mais venir maintenant, et avec son bébé? C'est non.

J'attends son coup de téléphone de pied ferme. Qu'elle me propose des dates si ça lui chante.
C'est ballot, je crois que je ne vais jamais être disponible...

lundi 22 juillet 2013

Royal Baby + EDIT

Pourrait-on parler d'autre chose, please? C'est terrible, on est harcelés de tout part! On ne peut même plus regarder le journal en paix! C'était un des seuls programme TV ou j'étais encore sûre de ne pas croiser de Areuh Areuh. Jusqu'à ce que le ce bébé royal s'en mêle. Maintenant, pas un jour ne passe sans que les journalistes ne fassent un Point Spécial Royal Baby! Et pas seulement dans le 13h de Jean-Pierre Pernaut, hein, même mon cher Laurent Delahousse m'a trahi! J'attendais pourtant beaucoup plus de classe de sa part, et de la part de sa mèche rebelle. Allez, qu'il naisse au plus vite ce bébé royal, que Kate et William puissent aller pouponner loin des caméras... et loin de moi!


EDIT : Il est né le divin enfant petit prince. Mais on va y avoir droit encore un peu à mon avis, au moins le temps que le prénom soit dévoilé et que la photo officielle paraisse...

jeudi 4 juillet 2013

J'ai acheté la pilule

Et j'ai beau savoir que ça entre dans le cadre du protocole, que c'est un premier pas vers la FIV et peut-être vers mon bébé, et bah j'ai du mal à le digérer.

Déjà aller acheter une boîte de pilule quand ton rêve c'est de tomber enceinte, ça fait bizarre. Ça fout les boules.

Mais quand en plus la pharmacienne te fais des remarques à la con, ça n'arrange rien. Ok, elle pouvait pas deviner. Ok, c'était pour être gentille. Bah raté.

Alors qu'elle dépose sur le comptoir les boîtes de médicaments, la pharmacienne me dit :
"Ah, vous ferez attention, le packaging a changé!"
Et devant mon air dubitatif, elle ajoute:
"Oui, la boîte de Minidril est verte maintenant".

Ouais.

Et?

Je ne suis pas une habitué de la Minidril madame la pharmacienne, ça fait 2 ans 1/2 que j'ai pas pris la pilule et en plus à l'époque, je prenais Jasmine, t'as qu'à voir! 

T'as pas remarqué l'entête en gros sur mon ordonnance : "CHU Unité de médecine de la reproduction". Et l'acide folique, de celui qu'on donne aux femmes qui souhaitent une grossesse. T'as pas tilté qu'il y avait comme une contradiction avec la pilule? Et le médoc sous lequel il est indiqué qu'il faut le commencer le même jour que la stimulation? Et celui sous lequel y'a écrit qu'il faut le prendre la veille de la ponction?

Ces mots, ils te disent rien bien sûr?

T'es con ou tu le fais exprès?

Je vous rassure, aucune pharmacienne innocente n'a été blessée, maltraitée ou insultée durant le tournage ma virée à la pharmacie. Mais sans faire exprès, elle a appuyé pile ou ça fait mal et j'avais besoin de cracher mon venin!

dimanche 23 juin 2013

Le retour de ma belle-mère

Juste pour le plaisir, et parce que le kitsch n'a pas de limites...

Hier, c'était l'anniversaire de ma belle-mère. Et comme son mari était en vadrouille, on ne pouvait décemment pas la laisser seule en ce jour particulier (ah bon, t'es sûr, vraiment pas? Bon, OK chéri...). Nous avons donc pris la route de bon matin pour arriver chez elle à midi avec un bouquet de fleurs et une invitation au restaurant. Notre surprise a été plutôt bien accueillie et nous sommes partis peu après, dans la voiture de la belle-mère, qui avait décrété que nous avions assez conduit pour la journée.

Ah, sa voiture. Le summum de la déco mémère-kitsch. D'abord, une couverture bariolée hideuse (du genre cadeau Yves Rocher) étalée sur les sièges arrières."Pour les protéger" Soit, à la limite... Mais par dessus la couverture (oui, par dessus!!) des coussins de chaise d'une belle couleur orange criarde. Vous savez les ma-gni-fiques "galettes" qui s'attachent avec un lien. Si avec ça, les sièges ne sont pas doublement protégés! Et par dessus encore, un panier en osier avec un chien en peluche dedans. Le top du cucu...

A l'avant, point de couverture, mais les mêmes coussins de chaises ornent les sièges avant de la voiture. Et des tonnes de peluches partout. Bien sûr, le fameux petit chat de mémère, vous savez, celui qui est couché en boule sur un coussin. Mais aussi un chien rose, un autre vert, à chat à rayure, et j'en passe et des meilleurs. Une vraie ménagerie. Et pour finir, accroché au rétroviseur, une énorme marmotte. Je me demande même comment elle fait pour voir la route avec tout ça! Nous avons malgré tout réussi à atteindre le restaurant, ma belle-mère, mon chéri, les chats, les chiens, la marmotte et moi! 

Au cours du repas, ma belle-mère n'a cessé de parler de bébés et de nous tendre des perches. Et que je te parle de la cousine de Chouchou qui a accouché d'une petite fille "Regardez j'ai la photo dans mon portable, elle est trop belle, hein!". Et que je te raconte Machin et Bidule qui veulent faire un bébé mais n'y arrivent pas. Et que je te détaille la vie de Truc et Chose qui vont adopter parce que "elle ne peut pas avoir de bébé." STOP, faites la taire bon-sang!!
Je précise qu'elle n'est pas au courant de notre situation, car trop dépressive et anxiogène pour ça. Mais elle n'est pas bête non plus, et depuis qu'on a emménagé dans une maison, elle n'arrête pas. C'est fatigant. Je me suis contenue pendant tout le repas, cachée derrière mon sourire de façade. Heureusement, chéri me prenait la main de temps à autre, et ça me faisait chaud au coeur. Puis nous avons fini par rentrer chez mes beaux parents. Nous avons déchargé les bagages et sommes montés à l'étage...

Et devinez qui était de retour sur la chaise dans notre chambre???
Oui, le fameux poupon ancien. Adossé au fameux cousin en plastique vert fluo.

Retenez-moi je vais la zigouiller...

mardi 11 juin 2013

Sur mon frigo

Ils sont fixés en pagaille sur mon frigo, à l'aide de magnets colorés.

Les faire-part de naissance.

Ils côtoient un dessin de mon petit cousin, quelques photos, et des papiers très-importants-à-ne-pas-perdre (mais que je chercherai quand même au moment où j'en aurais besoin). De style traditionnel ou moderne, ils arborent tous la photo d'un bébé joufflu. Ils me narguent tous les jours. Du matin au soir. Chaque fois que j'ouvre mon frigo en fait. Parfois je ne les vois plus, je n'y fais plus attention, jusqu'à ce qu'un nouveau venu arrive et prenne sa place à côté des autres. Et là je réalise. Quatre. Quatre bébés déjà sont nés depuis que j'ai arrêté la pilule. Ça peut sembler bien peu mais pour moi c'est déjà beaucoup. C'est autant d'annonces qu'il a fallu encaisser. Autant de mamans qu'il a fallu féliciter. De bébés qu'il a fallu gâter. Et qu'il faut supporter de voir grandir maintenant...

La 1ère ne m'a pas fait mal sur le coup. C'était la puce de M. et Mme Lachance. Quand ils nous ont annoncé la nouvelle, je venais juste d'arrêter la pilule, j'étais pleine de confiance en la vie, et je ne doutais pas que notre tour n'allait pas tarder. Depuis tout à changé. Et la puce grandit en même temps que notre attente se prolonge. Elle aura bientôt 2 ans. C'est maintenant que ça fait mal. Très mal.

La 2ème, c'est la poulette de Madame Lapin. Comme c'est une très bonne amie, elle me l'a annoncé avec tout le tact du monde, ce qui fait que je n'ai même pas réussi à lui en vouloir. Mais ça ne m'a pas empêché de m'effondrer en pleurs en raccrochant le téléphone. Nous venions de franchir le cap des 1 an d'essais...

Le 3ème, c'est le pépin de M. et Mme Pomme. Qui est très mal passé, lui. D'abord parce que les parents (pas encore au courant de nos soucis à ce moment-là) ont fait une annonce collective du type "On a une grande nouvelle à vous annoncer!!". Que tous les copains n'ont pas arrêté de se presser autour d'eux et de leur poser des questions tandis que je restais de marbre, pleurant à l'intérieur. Ensuite et surtout parce que le bébé a eu le mauvais goût de naître au moment de l'échec de l'IAC2...

Le 4ème, c'est la fille de ma Cousine So. Cousine qui m'a raconté par le menu les conditions de la conception (en vacances bien sûr!), son test de grossesse positif et l'annonce au papa. Alors qu'elle savait très bien ce que j'endurais. No comment.

A ces 4 faire-part viendra bientôt s'ajouter celui de Barbie. Et je ne parlerai même pas de son annonce tellement elle m'a fait démolie.

Pourquoi je ne range pas ces faire-part au fond d'un tiroir tout simplement? Au début, je les ai laissés par politesse, juste pour que les parents voient que j'avais affiché leur môme dans ma cuisine. Comme il se doit. Comme le veut la bienséance. Mais maintenant? Maintenant je pourrais les virer, surtout les plus anciens. Mais je les garde. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour ne pas perdre de vue que la vie continue pour les autres? Et qu'il faut que je l'accepte. Ranger ces faire-part au fond d'un tiroir n'y changera rien. Les autres font des bébés.

Moi non.

mardi 21 mai 2013

Ma belle-mère

C'est étonnant que je n'ai pas encore écrit sur elle, pourtant il y aurait tant à dire! Mon homme est fils unique, et bien évidement le petit chéri à sa maman qui l'a couvé pendant des années. Mais ce n'est pas le sujet de ce billet. Non, là on va parler des petits trucs qui m'agacent profondément chez ma belle-mère. Enfin, d'un certain truc, sinon ma liste serait longue comme le bras! Il y a 2 ans, mes beau-parents ont refait leur déco, et par la même occasion l'ancienne chambre de mon chéri. Ses parents habitant loin de la maison, quand nous y allons nous restons pour le week-end, et donc nous dormons là-bas. C'était gentil de leur part, et j'étais contente, enfin un endroit à nous sans la déco immonde de la belle-mère. (Qui est du style bibelots, jouets anciens qui prennent la poussière, petits napperons, poupées de porcelaine et peluches, tout ça dans le salon repeint en violet, beurk!) Ils nous ont demandé quelles couleurs on voulait, et on a suggéré du blanc et du gris. Avec quelques tableaux trouvé chez Confo et une photo de nous deux dans un petit cadre noir, le tour était joué.

C'était sans compter les intrusions répétées de la belle-mère. A chaque week-end où nous redescendons, elle a changé un truc. Je sais qu'elle est chez elle, mais moi ça me gave. Ça a commencé par un portrait géant de Chouchou quand il était bébé, peint par un artiste de plage (vous savez, la reproduction à partir d'une photo, le truc bien moche quoi). Puis une girafe en bois laquée avec le prénom de mon chéri en dessous. Puis un grand cadre photo avec mon chéri tout petit. Bon, j'ai compris l'allusion, c'est ton fils, c'est ton bébé, message reçu 5 sur 5! A ça, je n'y ai pas touché. 

Mais ça a continué! Ensuite ça a été des photos de nous deux imprimées sur papier 80 g (pas top qualité donc) et punaisé à même le mur. Trois photos format A4! J'ai tout retiré, et hop dans un tiroir, faut pas pousser! Elle n'a fait aucune remarque. Depuis, la guerre froide est déclarée. Elle mets, j'enlève. La fois suivante, il y a encore eu une photo imprimée de nous, toujours format A4, mais cette fois patafixée sur la porte de la chambre! Ben voyons. Crac, dans le tiroir. Puis le crucifix accroché au-dessus de la porte. Et pas seulement une croix! Y'avait Jésus cloué dessus, argh! Alors là c'était pas possible. Hors de question pour moi de dormir avec un truc pareil. Chacun croit en ce qu'il veut et ma belle-mère peut mettre toutes les croix qu'elle veut dans sa chambre. Mais pas dans la notre. Chéri a râlé parce qu'il ne veut pas d'histoires avec sa mère, mais je n'ai pas cédé. Paf, tiroir.

Il y a dans le coin de la chambre une chaise vide qui est bien pratique pour poser ses affaires et ses vêtements quand on s'installe pour le week-end. Seulement elle s'évertue à la couvrir d'objets plus inutiles et hideux les un que les autres. Dernier en date : un gros coussin au revêtement en plastique vert fluo. Et toc, au placard le coussin. Je le ressors avant de partir cependant. Je fais des efforts moi aussi!

Le pompon, ça a été ce week-end. Devinez ce qu'il y avait sur la chaise? Un bébé! Un gros poupon ancien, assis sagement, et qui m'a regardé avec ses yeux globuleux quand je suis arrivée, avec ma valise d'un côté et mon J1 de l'autre. Encore une subtile allusion de ma belle-mère (pas au courant). Le pauvre n'a pas fait de vieux os: Zou, au placard le bébé! Mon chéri n'a même pas eu le temps de le voir. Nous sommes rapidement repartis pour dîner chez des amis. Mais en rentrant le soir, j'ai eu des scrupules en repensant à ce bébé dans le placard. C'était un jouet ancien, si ça se trouve il avait de la valeur, et je l'avais rangé comme ça un peu à l'arrache.

J'ai rouvert le placard.

Il n'y était plus!

Ma belle-mère l'avait repris. Mais elle n'a fait aucun commentaire.

La guerre froide continue...

mardi 30 avril 2013

Regarder la télé

Ou comment la vie se charge de te rappeler tous les jours que tu es infertile, au cas où tu l'oublierais...

Certaines séries télévisées sont fourbes. En apparence, elles paraissent inoffensives. Elles semblent parler de tout sauf de gamins : d'hôpital, d'opérations, d'amourettes, de crimes ou de politique... bref d'être à des kilomètres du premier biberon. Et puis, un beau jour, au détour d'un épisode, sans crier gare, paf, elles te balancent une femme enceinte. Une naissance. Un nouveau-né. Quand c'est pas carrément l’héroïne qui galère pour avoir un enfant. Dans Grey's Anatomy par exemple. Ou même dans Les Frères Scott. Et toi, pauvre spectatrice infertile qui pensait oublier un peu ta condition le temps d'une trêve télévisuelle, tu te retrouves plongée dedans. Jusqu'au cou. Et je ne te parle même pas de la manière très très peu réaliste dont le sujet est traité. Un diagnostique de stérilité définitivement posé en une journée avec une seule prise de sang, l'adoption éclair d'un bébé, et j'en passe et des meilleures.

Même la nouvelle série Scandal, entre avocats, maison blanche et meurtres sanglants, a trouvé le moyen de faire tomber la Première Dame enceinte. Uniquement par manœuvre politique, et en un claquement de doigts, bien sûr. Sauf que maintenant que je suis la série, je ne vais pas l'arrêter en plein milieu. Donc je subis sans broncher le pliage des layettes, la question de la peinture des murs de la chambre, etc. Et je vais avoir droit à l'accouchement, aux areuh areuh et tutti quanti. Joie.

On n'est à l'abri nulle part. Même devant Top Chef!

Pourtant, je me sentais en sécurité hier soir, devant mon petit écran. Au chaud sous mon plaid, lovée contre mon chéri, la finale entre Florent et Naoelle me tenait en haleine. Top Chef, ça ne représente pas de danger a priori. Entre l'entrée et le dessert, il n'y avait aucune raison pour qu'un bébé fasse son apparition. Je ne me suis pas méfiée. Et soudain, le finaliste nous présente sa femme... enceinte bien sûr! Du pain béni pour la caméra. Et un gros plan sur son ventre. Et un gros plan sur les mains du papa posées sur le ventre de sa chérie. Et un gros plan sur les futurs parents qui parlent de leur bonheur dégoulinant. Et pour finir, la conclusion de Florent, grand perdant de l'émission mais heureux futur papa, un sourire jusqu'aux oreilles et des étoiles dans les yeux : "Vous savez, je vais avoir un enfant, ça fait relativiser. Je n'ai plus les mêmes priorités."

Soupir.

Mon chéri ne comprends pas que je prenne tout ça si mal, que les larmes me montent aux yeux, que je peste contre la télé. C'est juste que je me sens poursuivie, harcelée de toutes parts...

mercredi 3 avril 2013

Trahison

J'ai une généraliste vraiment géniale. Je crois que je n'ai jamais été aussi à l'aise de ma vie avec un médecin. Elle est jeune, dynamique, très gentille, à l'écoute. On se parle presque comme des amies. Je pense que je dois la changer des petits vieux qu'elle voit toute la journée, dans mon bled paumé! Elle m'a toujours beaucoup encouragé dans mon parcours, et semble sincèrement touchée par ce qui m'arrive. Mais ça fait quelques mois déjà que je ne suis pas allée la voir. Tant mieux, dans un sens, ça veut dire que je suis moins malade. Enfin, plus exactement que j'arrive à faire passer toute seule mes rhumes et mes angines à coup de doliprane et de lait chaud au miel. Et c'est au détour d'une conversation avec une collègue, qui est aussi une de ses patientes, que j'apprends la nouvelle:

Ma toubib part en congé maternité mi-avril. 

Bah oui, elle est enceinte, tu savais pas?

Gloups. 

Douche froide. 

Evidemment!! Evidemment que j'aurais dû m'en douter. 
1) C'est une femme.
2) Elle est jeune. 
3) Elle est mariée. 
C'était logique que le bébé suive. Et tant mieux pour elle. C'est quelqu'un de tellement adorable, je ne lui souhaite que du bonheur. Mais pourquoi ai-je ce sentiment de me sentir trahie? Parce que je ne l'ai pas vu venir? Quand je suis allée la voir cet hiver, ça devait commencer à se voir un peu. Avec le recul, il me semble que je me suis fait la remarque. Tiens, elle a pris des poignées d'amour, ma généraliste! Jamais je n'ai pensé qu'elle puisse être enceinte. Qu'elle puisse "me faire ça". Moi qui les repère de loin d'habitude, je me suis bien faite avoir! 

Je suis un peu vexée de ne pas l'avoir su, j'avais l'impression qu'on avait une relation privilégiée toutes les deux. Pourquoi ne me l'a-t-elle pas dit? Sans doute qu'elle a attendu que ça se voie d'avantage pour l'annoncer. Et comme ça fait un bout de temps que je ne suis pas allé la voir...

Voyons le bon coté des choses, je n'aurais pas eu le temps de la voir enceinte. C'est déjà ça...