jeudi 7 décembre 2017

Plus de peur que de mal

Jeudi dernier, il a fallu annoncer à Pâquerette que nous avions rendez-vous le lendemain avec la pédiatre du CHU qui la suit pour son arthrite. Elle a immédiatement fondu en larmes et mon cœur s'est brisé. "Elle va me faire une piqûre? Je veux pas une piqûre!" Je ne pouvais pas répondre à sa question, ne sachant pas moi-même si ma poulette allait avoir droit à une deuxième infiltration. C'est ce qu'on craignait plus que tout... et ouf de soulagement, ce n'est pas une récidive! Le gonflement est "seulement" un épanchement extérieur à l'articulation, et devrait disparaître (je croise les doigts, c'est en bonne voie) avec des pansements d'anti-inflamatoires. Ces pansements sont tout à fait indolores mais en grande angoissée, Pâquerette pleure quand même à chaque changement, de peur que ça tire (quand on le décolle) et que ça fasse mal. Avec le temps et mille précautions (on mouille bien le pansement, on explique, etc...) ça va mieux. On retourne voir la pédiatre jeudi prochain pour confirmer que "la bosse" est bien en train de se résorber.

Pâquerette qui veut tout comprendre et s'angoisse d'un rien, a cru qu'elle avait cette bosse car elle était tombée sur les genoux l'autre jour. Il a fallu lui expliquer que ce n'était pas de sa faute, que ce n'était pas dû à une chute. Pour la première fois je lui ai dit qu'elle avait une maladie qui s'appelait l'arthrite. Terrible pour une maman de dire ça à sa petite puce de même pas 3 ans, même si bien sûr elle ne comprend pas pour le moment.  Pourquoi? m'a-t-elle demandé. Et je n'avais pas la réponse. Moi-même, tous les jours je me demande pourquoi...

Enfin, ce qu'il faut retenir c'est que ce n'est pas une récidive, et ça c'est plutôt positif. Ma petite puce a le droit de tout faire, même d'aller à la babygym, puisque l'épanchement n'est pas dans l'articulation. C'est seulement au contact que c'est douloureux, mais pas quand elle sollicite son genou. Elle doit juste éviter d'appuyer dessus en se mettant à genou ou à quatre pattes. Elle a très vite compris et fait très attention, j'en reviens pas, elle est si petite. Ça me met en confiance pour plus tard, pour l'école. Elle saura se préserver.

Les fêtes arrivent, nous espérons que ce nouvel épisode médical sera réglé avant Noël. Et qu'une éventuelle récidive arrivera le plus tard possible....

En attendant, notre petite fille court, saute, dit "pourquoi" 457 fois par jour, chante et rit aux éclats. Elle est heureuse, et c'est tout ce qui compte. Je me raccroche à ça de toutes mes forces.

jeudi 23 novembre 2017

Etat des lieux

Moi
La FIV a épuisé mon corps et mon cœur. Je me sens tout le temps fatiguée, je suis irritable, moins patiente que d'habitude avec Pâquerette. La tristesse ne me quitte pas, ainsi qu'une certaine lassitude. Je n'ai plus aucun courage, pour rien. Je me demande si je ne couve pas une petite déprime. La fausse couche a fait remonter à la surface ma peur de ne jamais voir notre famille au complet. Ainsi que l'amertume, la jalousie. Le bonheur des autres me fait mal aux yeux. Je noie mon chagrin dans le chocolat. Ajouté à tout ce que j'ai grignoté pour tromper le stress de la FIV (et de ce qui a suivi...), ça commence à se répercuter sur la balance. Je ne supporte plus de voir tous ces bourrelets dans le miroir. Et ce petit ventre plein de gras, mais vide de bébé, me renvoie sans cesse à ce que j'ai perdu.

Mon homme
Fidèle a lui même, il extériorise peu, mais je sens que son moral n'est pas au beau fixe non plus. La fausse couche, nos espoirs perdus, l'AVC de son grand-père, ça fait beaucoup à encaisser. Alors, comme il n'exprime pas ses sentiments, c'est son corps qui le fait. Il a mal à peu près partout. Et son problème d'épaule prend des proportions encore jamais atteintes. Je m'inquiète pour lui.

Notre couple
Nous n'avons pas réussi pour le moment à nous retrouver "comme avant". Comme avant la reprise de la PMA. On s'aime, mais la flamme aurait besoin d'être entretenue. Or, on n'a plus de relations intimes depuis des lustres (avant la ponction quoi). On est tous les deux tellement englués dans notre mal être qu'on a du mal à communiquer. On s'occupe du quotidien, de Pâquerette, de la maison, le soir on s'évade devant des séries pour oublier tous nos problèmes. Et on se parle de moins en moins. 

Ma fille
Pâquerette a de nouveau le genou enflé, et c'est de loin ce qui nous mine le plus le moral. Pour l'instant, elle n'est pas encore trop gênée dans ses mouvements, rien à voir avec la crise de septembre, mais elle se plaint régulièrement. Elle a dû repasser une échographie, et nous avons repris rendez-vous avec la rhumatologue pour début décembre. On craint le début d'une récidive d’arthrite, à peine deux mois après sa première infiltration. Le produit étant censé durer plusieurs mois, on pensait être tranquilles un petit moment, mais non. La maladie est déjà de retour. Ça me rend folle de savoir que ma fille va encore devoir subir des misères à l’hôpital, et que ce n'est que le début. Je suis en colère, j'ai envie de hurler ma haine à la terre entière. De dire à tous les parents qui se plaignent de se la fermer, car leur enfant est en bonne santé. Notre petite Pâquerette avait déjà tellement morflé. La vie est injuste. C'est pas nouveau, mais autant j'avais à peu près réussi à l'accepter pour moi, quand ça concerne son enfant c'est pas pareil. Je n’accepte pas.

Le boulot
OK, le boulot passe bien après ma vie de famille, mais il n'empêche que mon métier fait partie de moi. De mon équilibre. Et fort est de constater que cette année scolaire est la pire que j'ai jamais vécue. D'abord parce que j'ai une classe ignoble, et plusieurs élèves incontrôlables qui me poussent à bout. Ensuite parce que j'ai passé plus de temps en arrêt de travail qu'à l'école. Du coup, malgré mes efforts, je n'ai pas réussi à imposer mon autorité, à installer une routine de travail, un cadre sécurisant pour ces élèves qui en ont tellement besoin. Et pour la première fois en sept ans d'enseignement j'ai vraiment l'impression de mal faire mon boulot.

Et en parlant d’arrêt de travail, ils vont rétablir le jour de carence pour les fonctionnaire. Joie. Rien qu'avec mes 3 arrêts depuis octobre, j'aurais perdu 150€ (et c'est pas comme si on roulait sur l'or...). La double peine quoi. Non seulement tu te tapes des traitements lourds, mais en plus tu paies. T'avais qu'à faire des gosses dans un lit comme tout le monde! Et la colère, à nouveau, qui s'empare de moi. 

Alors oui, je me lève le matin, j'avance, je souris. Je tiens pour ma fille. Mais au fond, je suis à bout. Rien ne va dans notre vie en ce moment, rien. Alors j'espère que cette satané roue va tourner...

vendredi 17 novembre 2017

Question de point de vue

Il y a bien longtemps que je n'ai pas parlé de M. et Mme Lachance sur le blog. Il faut dire que tant que j'étais en pause de PMA, j'arrivais à supporter plus facilement leurs jérémiades incessantes concernant leurs filles de 3 et 6 ans. Parfois fatiguée par ma propre Pâquerette, il m'est même arrivé de participer à ces doléances. Mais il ne faut pas exagérer non plus! A écouter M. Lachance, il vivrait l'enfer dans sa propre maison. De par mon métier je croise quand même pas mal d'enfants, et je peux vous assurer que ses filles sont tout à fait "normale", pas hyperactives, pas particulièrement bruyantes ni pénibles. Normales. 

Samedi dernier, il s'est à nouveau lancé dans ses lamentations de père exaspéré qui ne supporte plus ses enfants. Il nous lançait des perches, essayait de nous faire participer, voulait qu'on se plaigne nous aussi. Il s'est vite aperçu que ça ne marcherait pas, et que je n’allais pas dire moi aussi que ma fille était insupportable ou toute autre horreur! D'abord parce qu'elle était dans la pièce, et qu'en plus, ce n'est pas le cas! De guerre lasse, il en a conclu que c'était "bien plus facile avec un seul enfant. Deux, c'est l'horreur, elles se relaient. Quand il y en a une qui est calme, c'est l'autre qui est chiante..."

Alors même qu'il sait qu'on a recommencé un parcours PMA pour un deuxième enfant. Alors même qu'il est au courant pour ma fausse couche. Alors même que j'étais encore en train de perdre du sang.

Vraiment les enfants n'auraient pas été présents, je crois que je lui serai rentrée dedans!

Il est persuadé que Pâquerette est un petit ange docile (bon, c'est vrai qu'en société, on ne l'entend pas beaucoup!) alors que ses filles seraient de petits monstres malfaisants. Je ne crois pas, non. Je pense juste qu'on n'a pas la même façon de voir les choses. Pâquerette aussi laisse traîner ses jouets dans toute la maison, nous réveille aux aurores le week-end (alors qu'il faut la tirer du lit en semaine pour aller chez nounou...) fait des colères pour ne pas aller au lit, nous sollicite beaucoup, et quand elle est fatiguée, pleure à la moindre frustration... mais je trouve ça plutôt normal, c'est un enfant! Et même s'il faut parfois se fâcher, rappeler les règles, c'est notre rôle de parent. Rôle qu'on a choisi d'endosser, non? 

Et surtout, elle nous apporte tant de bonheur! Le réveil à 7h le dimanche matin est certes matinal, mais les câlins qui vont avec nous donnent la pêche pour la journée. Voir les jouets traîner partout, moi j'aime ça, au moins la maison est vivante. C'était tellement triste, avant Pâquerette, quand tout était à sa place. Oui elle demande beaucoup à jouer avec Papa et Maman, et tant mieux car on adore ça! On passe de très bons moments, et tant pis si le linge à plier attend dans la panière ou si l'aspirateur n'est toujours pas passé. Elle ne restera pas petite tout le temps, alors on en profite à fond, elle est notre priorité. Et on ne se lasse pas de la voir progresser, imaginer, créer, et grandir à toute vitesse.

Bien sûr tout n'est pas toujours rose, parfois on est fatigués et donc moins patients, souvent on pousse un "ouf" de soulagement une fois que Pâquerette est couchée, mais on l'aime notre vie de famille. On l'apprécie sans doute d'autant plus qu'on a galéré des années pour l'obtenir, c'est vrai. Et qu'on est conscient que d'autres n'ont pas cette chance...

Si M. Lachance ne réalise pas le bol qu'il a d'avoir deux petites filles en bonne santé, je ne peux rien pour lui...

lundi 13 novembre 2017

Avancer

Déjà une semaine que je suis en arrêt de travail, et ça me fait beaucoup de bien. J'avais besoin de ce temps pour me recentrer sur moi-même, affronter mes émotions, pleurer un bon coup, et repartir. Je m'étais préparée à souffrir d'avantage physiquement, à sentir l'embryon passer, mais non. A 5 SA je ne devais sans doute pas être assez avancée dans ma grossesse, et je n'ai eu que des saignements classiques de type règles. Ils ont été particulièrement abondants lundi et mardi dernier, c'est d'ailleurs à ce moment où j'ai été le plus au fond du trou. La chute des hormones aidant, j'étais une vraie loque humaine. A partir de mercredi, ça s'est calmé, et aujourd'hui, tout est terminé. Plus de saignements mais aussi plus de signes de grossesse, comme s'il ne s'était rien passé. Ainsi se clôture cette FIV1, qui a commencé le 11 septembre dernier (c'était forcément de mauvaise augure?) Toutes ces piqûres, tous ces kilomètres, ces espoirs, réduits à néant.

C'est dur, mais je dois avouer que je m'attendais à être plus mal que ça. Depuis quelques jours, je me sens beaucoup mieux. J'ai retrouvé la forme, et je serai bientôt prête à recommencer. On va tranquillement attendre le retour de couche pour reprendre rendez-vous avec la gynéco de la PMA. Et essayer de profiter de ce mois de pause pour se retrouver avec mon homme car entre le mois de traitements, le début de grossesse, puis la fausse couche, l'intimité en a pris un sacré coup...

Bien sûr, je n'oublie pas, et je n'oublierai jamais. Les dates sur lesquelles je m'étais projetée seront là pour me rappeler notre petit Polochon. Notre petit espoir. Cette fausse couche fera partie de notre histoire, comme les échecs de transfert pour Pâquerette en font partie. La vie a pris l'habitude de nous envoyer des épreuves dans notre quête pour fonder une famille. Celle-ci n'était pas la première, et il y en aura d'autre.

Alors il faut remettre son armure et repartir au combat.